Vous avez dit « écomusée » ?

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Dessine-moi un écomusée…

J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé. Et j’ai vu tout le village autour de moi, les communautés assemblées, les anciens, les jeunes et au delà le fleuve, et plus loin la forêt dans laquelle on distinguait encore les anciennes habitations…

Alors tous ensemble, on s’est mis au travail. Il a fallu l’aide de professionnels venus du Musée des Cultures Guyanaises, de scientifiques dont les propositions ont aidé les élus et les habitants à construire le projet.

Car avant tout, un écomusée, c’est un miroir que tendent les habitants aux visiteurs ; c’est un espace public, il réunit des hommes et des femmes autour de projets communs pour le territoire et ses habitants. Cet espace ouvert et permanent met en débat les questions liées à l’évolution de la société, et est investi par des publics : acteurs (bénévoles), agents (salariés), visiteurs, membres d’une communauté territoriale ou professionnelle.

Les projets communs sont construits et mis en oeuvre par des agents et des acteurs avec le soutien actif des élus. Ces projets prennent appui sur les patrimoines naturels, culturels, matériels et immatériels pour développer le territoire et ses activités. Ces patrimoines s’épanouissent grâce aux activités de recherche et de médiation.

Parce que l’écomusée est lié au territoire et à ses habitants, il existe de par le monde de multiples déclinaisons.

En France, la Fédération des Ecomusées et Musées de Société rassemble 170 établissements qui forment un réseau d’établissements patrimoniaux innovants à but non lucratif, impliqués dans l’économie sociale et solidaire et le développement local.

Un écomusée, ce n’est pas un musée comme les autres.

Un écomusée, c’est une chose qu’un pouvoir et une population conçoivent, fabriquent et exploitent ensemble. Ce pouvoir, avec les experts, les facilités, les ressources qu’il fournit. Cette population, avec la participation de ses forces vives de toutes générations, selon ses aspirations, ses savoirs, ses facultés d’approche.

C’est un miroir où cette population se regarde, pour s’y reconnaître, où elle cherche l’explication du territoire auquel elle est attachée, jointe à celle des populations qui l’y ont précédée, dans la discontinuité ou la continuité des générations. Un miroir que cette population tend à ses hôtes, pour s’en faire mieux comprendre, dans le respect de son travail, de ses comportements, de son intimité.

C’est un musée de l’homme et de la nature. L’homme y est interprété dans son milieu naturel. La nature l’est dans sa sauvagerie, mais telle aussi que la société traditionnelle et la société industrielle l’ont adaptée à leur usage.

C’est un musée du temps, quand l’explication remonte en deçà du temps où l’homme est apparu, s’étage à travers les temps préhistoriques et historiques qu’il a vécus, débouche sur le temps qu’il vit. Avec une ouverture sur les temps de demain, sans que, pour autant, l’écomusée se pose en décideur, mais en l’occurrence, joue un rôle d’information et d’analyse critique.

Un musée de l’espace. D’espaces ponctuels, où s’arrêter. D’espaces linéaires, où cheminer. Un conservatoire, dans la mesure où il aide à préserver et mettre en valeur le patrimoine de culture et de nature de la population concernée.

Un laboratoire, dans la mesure où il est matière à études théoriques et pratiques, autour de cette population et de son milieu.

Une école, dans la mesure où il aide à la formation des spécialistes intéressés à cette population et à son milieu, où il incite cette population à mieux appréhender les problèmes de son propre avenir.

Ce conservatoire, ce laboratoire, cette école s’inspirent de principes communs : la culture dont ils réclament est à entendre à son sens le plus large, et ils s’attachent à en faire reconnaître la dignité et l’expression artistique, de quelque couche de la population qu’en émanent les manifestations. Ils ne s’enferment pas en eux-mêmes, ils reçoivent et donnent.

Certes, tout n’est pas rose, dans cette croissance de l’écomusée. Il y a, de la part des responsables, le risque de mettre une population en cage à la façon d’un animal dans un zoo, et le risque de manipuler cette population. Il y a les équivoques d’un statut flottant entre autogestion et tutelle. Il y a récupérations abusives d’une image de marque en faveur montante. Ce sont là péripéties, obstacles que la patience et l’impatience aident à surmonter. Vers le plein épanouissement d’une institution polyphonique, carrefour de l’espace et du temps.

Georges-Henri RIVIÈRE – 13 janvier 1976

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